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Lyon : deux policiers au tribunal pour neuf dents cassées lors d’une manifestation

Deux policiers sont jugés mardi 23 février à Lyon pour des «violences volontaires» sur un manifestant qui avait eu neuf dents cassées, fin 2019.

Des faits filmés et photographiés par des témoins mais qui, au départ, n’avaient pas été consignés par la police. Arthur N., 23 ans à l’époque, estime aujourd’hui que les coups qu’il a reçus auraient été passés sous silence s’ils n’avaient pas été médiatisés.

D’autant qu’à sa sortie de l’hôpital au soir de la manifestation, il n’avait pas réussi à porter plainte au commissariat, ni auprès de la gendarmerie. Un témoin avait alors contacté la presse.

«Il était apparu, par voie de presse, qu’un jeune homme prénommé Arthur aurait reçu un coup de matraque de la part d’un policier sur la place Bellecour. Ce coup lui aurait fracturé la mâchoire et plusieurs dents. Les photographies prises lors des faits et publiées dans la presse montraient plusieurs policiers dont la tenue laissait penser qu’il pouvait s’agir de membres d’une brigade anticriminalité.»

Ainsi débute le rapport d’enquête de l’IGPN sur l’affaire, pour expliquer sa saisine par le parquet après publication d’un article du site d’information Rue89Lyon décrivant la scène, images et témoignages à l’appui.

Côté policier en revanche, les faits n’avaient guère laissé de traces. Le «procès-verbal de contexte», retraçant le déroulé de la manifestation, a mentionné le jour même une personne aux dents cassées, mais en indiquant que l’origine de cette blessure était «ignorée».

Un autre document de police évoquait des coups portés par les forces de l’ordre mais aucune procédure n’a été ouverte. Ce n’est que le lendemain, après avoir vu passer dans la presse des photos permettant de l’identifier, qu’un des policiers mis en cause a rédigé deux mains courantes pour relater «un incident» survenu place Bellecour.

«Bien fait»

Le 10 décembre 2019, alors que plus de 10.000 personnes manifestaient à Lyon contre la réforme des retraites, ce saisonnier de passage dans la ville rejoint le cortège par hasard, selon ses dires.

L’ambiance se tend autour de la place Bellecour, avec jets de projectiles et tirs de grenades lacrymogènes. Le jeune homme s’en écarte et se retrouve à passer entre des militants de la CGT et des policiers, qui s’invectivent.

Sur une vidéo, on le voit applaudir – le propos d’un syndicaliste, précise-t-il – quand un agent de la BAC le tire brutalement par la capuche. Arthur N. se débat, les policiers s’attroupent, coups de pied et de matraque pleuvent, et il finit au sol entre un arbre et un kiosque à journaux.

«J’ai les dents explosées, je crie de douleur et de peur, et là c’est incompréhensible car ils me lâchent d’un coup», raconte à l’AFP celui qui dit avoir entendu un fonctionnaire lui lancer : «bien fait pour ta gueule !»

D’autres images le montrent ensuite debout, la bouche en sang ; il croise le chef d’état-major à la Direction départementale de la Sécurité publique (DDSP), auquel il désigne ceux qui l’ont frappé, sans effet.

Le rapport de l’IGPN a conclu à la responsabilité de deux policiers, en relevant que son enquête n’avait «pas permis de démontrer le caractère intentionnel du coup porté à la mâchoire» de la victime.

Les deux fonctionnaires ont fait l’objet d’une enquête administrative, sur laquelle la DDSP n’a pas souhaité s’exprimer. Ils étaient toujours en fonction à la fin 2020, date à laquelle leur procès devait initialement avoir lieu.

Avec AFP

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